Superman est fatigué.

Pourtant tout avait bien commencé.

Dès les premières années, chaque fois qu’une catastrophe menaçait la vie de pauvres innocents, quand d’odieux individus attaquaient de malheureux passants sans défense ou quand d’ignobles complots étaient ourdis pour menacer l’ordre, il intervenait. Il rattrapait les wagons du train qui menaçaient de tomber du pont. Il mettait hors d’état de nuire les  malfaiteurs de tous acabits. Il arrêtait les conspirateurs et les terroristes.

Certes, au fil des années, il avait fallu s’organiser. Lois Lane avait organisé un service d’urgence. Elle collectait les alertes et les transmettait à Clark Kent selon un planning judicieusement établi, afin de lui permettre d’enchainer un maximum d’interventions. Il volait ainsi toute la journée d’un site à l’autre, éradiquant au fur et à mesure le crime à Metropolis.

Le système était devenu si efficace, qu’il advint un jour que le crime avait totalement disparu. En effet, la probabilité de se faire alpaguer par Superman était devenue si forte que plus personne ne se risquait à enfreindre la loi. La vie était devenue calme et paisible à Metropolis.

Ce fut un peu plus compliqué de répondre aux imprudences et aux accidents, car malheureusement l’inattention et la distraction étaient toujours de mise. On pouvait même penser que les citoyens n’y prêtaient que peu d’importance tant la probabilité d’être sauvé par Superman était forte. On pouvait traverser la route sans regarder, se pencher par-dessus  le balcon ou même sauter de l’avion en ayant oublié son parachute, Superman était là pour nous sauver avant l’instant fatidique. Cela finit par devenir problématique.

Lois, inquiète de la fatigue liée à la suractivité de Clark, eut alors l’idée de développer des systèmes de prévention. Des airbags géants furent installés au pied de chaque immeuble, se gonflant instantanément lors de la chute d’une personne ou d’un objet dangereux d’un étage. Des systèmes de guidage automatiques des véhicules furent mis en service empêchant ainsi toute possibilité de collision. Bref, tout un arsenal visant à suppléer au manque d’attention de chacun fut bientôt si efficace que rien ne pouvait plus arriver.

Lois était très occupée, mais Superman, lui commençait à s’ennuyer. Il n’avait plus rien à faire. Certains jours, il en venait presque à regretter les temps anciens où, chaque jour, il se sentait utile en venant en aide à ceux qui en avaient besoin. Il tournait en rond dans le centre d’alerte, grignotant chocolats et pâtisseries pour occuper le temps qui lui semblait maintenant si long.

Un jour, un système d’alerte se dérégla obligeant Superman à une intervention d’urgence pour rattraper le pauvre hère qui s’étant penché trop en avant sur son balcon pour attraper un papillon, s’était retrouvé accroché par une bretelle dans le vide, menaçant à tout moment de s’écraser dans la rue en contrebas. Superman tenta alors d’enfiler son costume, mais il n’y parvint qu’avec grande difficulté en raison de l’embonpoint qui l’avait gagné. Il sauva le malheureux, mais au prix d’un costume qui s’était déchiré en plusieurs endroits lui conférant un aspect, il faut le dire, assez ridicule.

Lois, toujours prompte à assurer le bien-être de son promis, lui confectionna un nouveau costume, mieux adapté à sa nouvelle morphologie.

Elle était néanmoins inquiète de la tournure des évènements. Que faire pour occuper Clark ?

A Metropolis, c’était le calme plat ! Certes, dans d’autres cités le crime sévissait toujours. Lois y envoya Superman pour lui fournir une activité. Mais si effectivement le travail ne manquait pas, les soirées loin de Lois étaient longues pour Clark. Il grignotait toujours pour se sentir moins seul. Lois dut, à plusieurs reprises lui coudre de nouveaux costumes, mais la situation ne pouvait perdurer ainsi.

Lois eut une nouvelle idée. Elle conçut des robots, clones de Superman, qui, avec l’aide d’une petite dose de Kryptonite purent avantageusement remplacer Superman dans les cités où ils étaient installés. Clark s’aménagea une superbe salle de contrôle, d’où il pouvait suivre et diriger les activités des Superclones. Un confortable fauteuil installé sur des rails disposés en cercle lui permettait, en un instant, de se positionner devant un des innombrables écrans de contrôle. Clark naviguait ainsi d’un moniteur à l’autre, commandant son fauteuil pour faire face aux différentes situations.

Mais progressivement, il se produisit le même effet qu’à Metropolis. Le crime disparut et les citoyens  vivaient dans la plus parfaite quiétude. Il n’y avait plus rien à faire.

Lois était partie, lasse devenir en aide à quelqu’un qu’elle ne reconnaissait plus. Superman voulut alors se lever de son fauteuil, mais il pesait aujourd’hui 380 kg. Ca faisait plusieurs années qu’il n’avait plus posé le pied au sol. Il s’effondra et ne parvint alors pas à se relever.

Aujourd’hui, les super héros sont bien fatigués.

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