Au cours du mois de juin dernier, mu par une impérieuse nécessité d’accélérer ses déplacements ou bien alors fasciné par la possession d’un objet appartenant à un des directeurs de l’école de cirque auquel il voue une admiration sans borne, un stagiaire de la structure a jugé nécessaire de subtiliser un vélocipède m’appartenant.

Non pas que j’y attachasse une valeur sentimentale particulière, mais j’avoue qu’il m’était agréable de l’utiliser depuis plus de douze ans. Tout d’abord interloqué par l’incongruité de ce larcin de bas étage, je pris alors la décision de remplacer l’engin dérobé.

Quelle ne fut ma surprise de constater ce jeudi  la réapparition de l’engin, innocemment déposé au garage à vélo. Guettant les utilisateurs potentiels au cours de la journée, il ne nous a malheureusement pas été possible d’identifier le valeureux cycliste, ce dernier ayant lâchement abandonné l’objet de son larcin sur les lieux même de sa forfaiture.

Je pourrai penser, pour me rassurer sur la nature profondément positive du genre humain, que pris d’un irrépressible remords le taraudant tout l’été, le malandrin n’ait pu trouver d’autre solution pour apaiser sa conscience que de restituer l’objet de son égarement passager, soulageant ainsi sa crainte d’être irrémédiablement voué aux gémonies du jugement qui le guettera un jour.

J’aurai plutôt tendance à croire qu’au-delà de toute morale son inconscience aille jusqu’à revenir gaillardement sur son destrier de métal, bravant ainsi toute considération éthique. Don Quichotte de la bicyclette, Arsène Lupin du rayon de vélo, son courage n’a d’égal que son intelligence. Disciple de Proudhon, exécrant le principe de la propriété individuelle (chez les autres), il s’empare sans scrupule de ce qui peut lui servir faisant fi de l’existence d’autrui.

Néanmoins, je suis heureux d’avoir retrouvé mon vélo.

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